- La nuit de Mai
... Conciliabule entre la Muse et le poète
... Le poète vient de vivre des moments difficiles de sa vie. La Muse lui prodigue des réconforts, l'encourage à surmonter sa douleur et à poursuivre son art. En fait, c'est Alfred de Musset qui s'adresse à lui-même par la bouche de la Muse, substitut de Georges Sand.
LA MUSE
«... Poète, prends ton luth et me donne un baiser ;
La fleur de l'églantier sent ses bourgeons éclore,
Le printemps naît ce soir ; les vents vont s'embraser ;
Et la bergeronnette, en attendant l'aurore,
Aux premiers buissons verts commence à se poser.
Poète, prends ton luth, et me donne un baiser...
... Poète, prends ton luth ; la nuit, sur la pelouse,
Balance le zéphyr dans son voile odorant.
La rose, vierge encor, se referme jalouse
Sur le frelon nacré qu'elle enivre en mourant.
Écoute ! tout se tait , songe à ta bien-aimée.
Ce soir, sous les tilleuls, à l'ombre ramée
Le rayon du couchant laisse un adieu plus doux.
Ce soir, tout va fleurir : l'immortelle nature
Se remplit de parfums, d'amour et de murmure,
Comme le lit joyeux de deux jeunes époux... »
Alfred de Musset
extrait de La nuit de mai, 1835






